Présentation de la Communication Facilitée (CF) et de la Psychophanie

La Communication Facilitée (CF) et la Psychophanie sont des moyens alternatifs de communication proposés avant tout aux personnes atteintes d’une grande difficulté dans l’expression verbale : enfants ou adultes en situation de handicap mental, polyhandicap, autisme, infirmité motrice cérébrale, ainsi que par ex. maladie d’Alzheimer.

La personne aidée (le facilité) est installée à côté de la personne formée à ces approches (le facilitant), qui l’accompagne dans le geste de facilitation : dans un état de lâcher-prise, il lui soutient légèrement la main sans l’orienter ni la guider; c’est alors la personne aidée qui donne l’impulsion pour pointer des objets, images (CF), ou des lettres sur un clavier (CF et Psychophanie), qui au final l’amènent à pouvoir exprimer des choix, sentiments et messages.

La Communication Facilitée (CF), créée à l’origine dans un but d’apprentissage à davantage d’autonomie, permet aux personnes aidées, par la désignation d’objets, d’images, de pictogrammes, de mots écrits, de faire part de leurs besoins, sensations, sentiments; leur quotidien s’en trouve grandement amélioré, entraînant un meilleur confort de vie et mieux-être autant pour elles que pour leur entourage – et cas échéant entraîne une diminution des troubles du comportement.

La Psychophanie (du grec « psyché », âme, et « phan », mettre à jour) est proposée à des personnes avec ou sans difficulté de parole. En pointant avec l’aide du facilitant sur un clavier  de lettres, celles-ci pourront taper des textes lettre après lettre, aboutissant à des écrits leur permettant d’exprimer divers messages (souhaits, commentaires, émotions…). La Psychophanie donne aussi l’opportunité d’accéder à un niveau d’expression plus profonde, permettant, dans une visée thérapeutique, de faire émerger des sentiments qu’il serait difficile d’exprimer par un autre biais.

L’expérience montre que les choix et messages obtenus par ces approches, et quelle que soit la personne qui les facilite, sont souvent inattendus, et propres à chaque personne aidée; ils se rapportent clairement et directement à ses aspirations personnelles.

Grâce à ces approches, les personnes en situation de handicap peuvent enfin témoigner de leur vécu, et expriment souvent l’urgence du désir de se mettre en mots. Ils ont ainsi l’occasion de faire émerger leur personnalité et leur humanité, avec en conséquence une nette amélioration de leur relation aux autres, et en retour un changement du regard porté sur eux par leur entourage.

La CF et la Psychophanie ne prétendent en aucun cas guérir les handicaps; en revanche cela améliore le comportement des personnes qui bénéficient de ces approches.

De plus amples explications à ce propos figurent sur le site de CFTMPP’

  • Un peu d'histoire

    Un peu d’histoire

    Découverte à la fin des années 70 aux USA, la CF (en anglais : « Facilitated Communication« ) a été développée dès 1987 en Australie par Rosemary Crossley, Docteur en philosophie, diplômée en sciences de l’éducation, éducatrice et directrice du « Dignity Education Language Center » (DEAL) à Melbourne. Cette approche était d’abord destinée essentiellement à des personnes présentant une importante problématique d’infirmité motrice cérébrale, puis à des personnes en situation de handicap mental, dans une visée d’apprentissage à l’autonomie.

    Anne-Marguerite Vexiau, Orthophoniste parisienne au bénéfice d’une longue pratique auprès d’enfants autistes et à la recherche d’un moyen pour aider cette population à mieux communiquer, a importé cette méthode en France dans les années 90. Elle a constaté que la CF pouvait être proposée non seulement comme moyen de communication aux personnes atteintes d’autisme, de diverses déficiences mentales, de polyhandicap, d’aphasie ou dysphasie, de coma ou de maladie d’Alzheimer – mais que de plus cela permettait de faire exprimer des messages qu’on peut supposer émerger de l’inconscient, ceci également auprès de personnes sans difficulté d’expression verbale, dans une visée thérapeutique. Cette façon de faire se distançant trop du concept intitial d’apprentissage mis au point par R. Crossley, celle-ci a prié A.-M. Vexiau de trouver un autre terme pour cette approche : c’est ainsi que cette dernière a créé le vocable Psychophanie (du grec « psyché », âme et « phan », mettre à jour).

    En grande pionnière, A.-M. Vexiau est à l’origine de la création de l’association Ta Main Pour Parler (TMPP), ainsi que du centre de formation à la CF « EPICEA » qui est devenu l‘Ecole de formation de TMPP, où de nombreux professionnels des milieux de l’éducation, du travail social et d’approches psychothérapeutiques diverses, ainsi que des parents, se sont formés. Elle a cherché avec dynamisme à promouvoir la CF et la Psychophanie en donnant des conférences, écrivant des livres (voir bibliographie) et des articles et interpellant les chercheurs (voir recherche). Elle a été nommée Présidente d’honneur.

    Pour prendre la suite, la Confédération Francophone Ta Main Pour Parler’ (CFTMPP’) a vu le jour en 2011; y sont regroupés les différents pôles de formation et de pratique en francophonie (France, Suisse et Belgique) (voir le site de CFTMPP’ à ce sujet)

  • Hypothèses de compréhension

    Hypothèses de compréhension

    Si la CF et la Psychophanie, malgré leur caractère surprenant, sont techniquement simples à proposer comme moyens alternatifs de communication à de nombreuses personnes en souffrance de par leur grave difficulté à s’exprimer verbalement, en revanche à ce jour leur fonctionnement n’a pu être expliqué par aucun modèle théorique scientifiquement démontrable.

    Actuellement il faut donc se contenter d’hypothèses de compréhension.

    Dans son livre « Un clavier pour tout dire«  (paru en 2002), Anne-Marguerite Vexiau (cf historique) cite les pistes de compréhension suivantes :

    – En 2000, le Prof. Haffelder (Directeur de l’Institut de recherche sur la communication et le cerveau à Stuttgart, Allemagne) a effectué des tests neurologiques par IRM (imagerie cérébrale) pour observer l’activité cérébrale générée lors d’une séance de pratique de CF/Psychophanie. Il en ressort que dans le cerveau de la personne facilitée, son hémisphère droit (siège des émotions) a été très fortement activé, alors que dans celui du facilitant c’est son hémisphère gauche (siège de la pensée) qui a été notablement actif. Sans avoir su au préalable ce qu’est la CF/Psychophanie, le Prof. Haffelder a spontanément parlé de « branchement » entre les deux partenaires.

    – Divers psychiatres et psychanalystes (Prof. W. Barral / Dr D. Dumas, / Dr Ph. Wallon, etc.) (voir bibliographie) ont tenté d’analyser le phénomène en jeu entre les partenaires facilitant et facilité. Le Prof. W. Barral relève que le lien entre eux serait de la même nature que celui qui lie le psychanalysant et l’analysé, à l’instar de la relation transférentielle des inconscients du patient et du thérapeute, qui se mettent à communiquer. Le Dr D. Dumas, à la suite de la Dr F. Dolto, a beaucoup étudié la notion de dyade mère-enfant; il souligne pour sa part : « La télépathie est liée à la psyché originaire. Elle est le lien entre la mère et l’enfant (…)… tous les enfants sont naturellement télépathes (…) puis cette télépathie diminue avec l’âge… ».

    – Divers scientifiques français (Prof. Olivereau, prof. de psychophysiologie / Dr Laplane, neuropsychiatre, etc.) se sont penchés sur ces approches et ont tenté d’apporter leur contribution de compréhension : leur conclusion est qu’il se passe bien quelque chose, mais d’inexplicable – mais n’en concluent pas pour autant que cette pratique est erronée; ils reconnaissent que les modèles scientifiques actuels ne s’appliquent pas à la pratique de la CF/Psychophanie.

    Faute à ce jour d’observations scientifiquement démontrables, on pourrait dire que :

    •  le partenariat, le branchement entre personnes facilitante et facilité serait donc de l’ordre du transfert d’inconscients observés également lors de la relation transférentielle en psychanalyse, et de la dyade de communication non verbale – phénomène particulièrement mis en évidence entre mère et enfant, et qui se retrouverait entre facilitant et facilité. Cette hypothèse serait confortée par les propos exprimés par des personnes facilitées, que A.-M. Vexiau (voir historique et bibliographie) cite dans son ouvrage susmentionné : « tu as le rôle de traducteur de ma pensée » ou « je sors des idées dans ma tête et tu sers de page d’écriture ».

    D’autres modèles théoriques peuvent être évoqués : tels l’hypothèse de la mémoire cellulaire, où toutes les cellules de notre corps seraient le siège de la mémoire. Certains affirment que rien ne prouve que la mémoire se trouve dans notre corps, que celle-ci pourrait être à l’extérieur de nous, notre cerveau servant de réceptacle. En physique quantique, l’univers est décrit comme un tout, indivisible, dynamique, où tout est en relation avec tout.

    On peut espérer que dans le futur, et notamment dans le cadre des recherches sur le cerveau lancées sur le plan européen, des travaux soient menés pour apporter des réponses sur le fonctionnement de la CF/Psychophanie – ce qui aidera grandement à leur développement et à la reconnaissance de leur bien-fondé.

    En conclusion, rappelons quelques propos tenus par C.G. Jung, médecin-psychiatre du début du siècle passé – et qui défendait l’hypothèse de l’existence d’un inconscient collectif – : « (…) La rationalisation et le doctrinarisme sont des maladies de notre temps : ils ont la prétention d’avoir réponse à tout (…). Nos notions d’espace et de temps ne sont qu’approximativement valables; elles laissent ouvert un vaste champ de variations relatives ou absolues (…). Il nous faut clairement consentir à ce qu’il n’y ait aucune possibilité d’obtenir une certitude sur les choses qui dépassent notre entendement. »